“ Ceci est un ouvrage de fiction. J’ai essayé d’inventer une histoire de l’avenir de l’homme qui pût paraître possible à tout le moins plausible.

Et j’ai tenté de la faire correspondre au changement qui se dessine actuellement dans les conceptions de l’homme. ”

      -    Olaf Stapledon, préface de Les Derniers et les Premiers, 1930

Vous débutez la lecture d’un flux de pensées influencé par les fictions modernes - littéraires, filmiques, interactives, scientifiques, virtuelles, sociétales, etc.

Ce recueil/essai se veut être le reflet de préoccupations, questionnements sur notre monde et son devenir vus à travers les yeux d’une génération pré-apocalyptique.

Entrons dans un cercle soit-disant paranoïaque où l’on prévoit la fin des hommes et la fin du monde tels qu’on les connaît.

Dans nos fictions, et même au-delà, l’anticipation est devenue une seconde nature.

Nous faisons des paris et des prévisions pour le futur, bâtissons demain avant aujourd’hui, spéculons sur l’avenir.

Les lobbies commerciaux et modèles économiques capitalisent d’ailleurs aisément sur les fantasmes que suscite le nouveau millénaire et les progrès techno-scientifiques qui l’accompagnent ; de la matière à vendre : un désir, une appétence pour les possibilités de demain via la consommation du présent.



Le contenu culturel, artistique et de divertissement reflète cette orientation, cette tendance, vers des techniques futuristes, qui repoussent les limites des nouvelles technologies et de nos capacités - de nouveaux potentiels croissant.

Par leur biais, l’humain apparaît en mouvement constant, ses représentations sont construites en évolution, au rythme effréné d’une course vers le dépassement, dont nous essayons d’apercevoir la ligne d’arrivée ou l’effondrement.

Si la science-fiction - et l’anticipation plus particulièrement - est un genre qui fut développé il y a plusieurs siècles, elle connaît aujourd’hui une véritable expansion, et pourtant la pratique de se projeter dans le futur et/ou de spéculer à travers la fiction est beaucoup plus ancienne, voire culturelle.

Est-ce inhérent à l’Homme et ses ambitions de dépassement ?

Sera-t-il la cause même de notre destruction ?

Depuis bientôt un siècle, les prédictions d’un futur catastrophique s’intensifient ; un destin et une responsabilité que nous nous entêtons d’ignorer lorsque nous sommes voués à les affronter.

Ce silence a été interrompu par nos fictions, terrain alternatif de discours au sein duquel nous ramenons à notre présent des catastrophes imminentes, où nous projetons un revers de ce présent catastrophique.

Pour ma part, j’ai l’impression d’avoir toujours baigné dans la crainte d’une fin du monde.

Est-ce un état inexorable que nous sommes en train de vivre et d'alimenter ? Une entropie générale et globale ?

Aujourd’hui, lorsque je demande autour de moi, personne ne veut d’enfant. On se retrouve tous pour aller au cinéma, un dîner de famille, sans avoir une attitude qui entre en cohésion avec les dangers imminents. On évite d’évoquer notre responsabilité dans la fin de tout pour nos semblables et notre planète lorsqu’un cousin présente la photo d’un nouveau né.

Pendant ce temps, la science-fiction déferle sur nos fables modernes, nos mémoires, notre art et notre quotidien, en miroir de l’envahissement de toutes ces craintes partagées qu’il est de moins en moins possible d’ignorer.

Sam Heydt, The View is Fine, 2016

      -    Agnes Obel, Bee Dance, Late Night Tales, 2018